Premier Noir au Canada

Mathieu Da Costa compte parmi les personnages les plus fascinants du début de l’histoire canadienne. Il est considéré comme le premier Noir ayant visité le Canada. Da Costa était un Africain qui a œuvré, en tant qu’homme libre, comme interprète pour des commerçants et des explorateurs français et hollandais au début du XVIIe siècle. 

Il n’était pas rare que des Africains servent d’interprètes aux Européens. En fait, les Européens avaient instauré cette pratique un siècle avant l’époque de Champlain, lorsqu’ils ont entrepris leurs explorations de la côte africaine en descendant vers le Sud. Ces explorations expliquent le polyglottisme de Mathieu Da Costa, qui parlait français, hollandais et portugais. La seule « preuve » historique réelle que l’on détient sur Mathieu Da Costa est un document révélant qu’il se trouvait en Hollande en février 1607. Apparemment, les Hollandais l’avaient enlevé aux Français. L’année suivante, en 1608, Da Costa a signé un contrat à Amsterdam, en vertu duquel il s’engageait à naviguer en compagnie de Pierre Dugua de Mons et à lui servir d’interprète lors de ses voyages au Canada et en Acadie.

Mathieu Da Costa avait passé un contrat de trois ans avec Dugua de Mons et cette entente lui valait une rémunération considérable. Par conséquent, nous pouvons supposer que Da Costa a accompagné Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain lors d’un ou de plusieurs de leurs voyages en Acadie et dans la région du Saint Laurent.

 

Abolition de l’esclavage

C’est grâce aux forces dynamiques nées de la résistance des Africains, tant esclaves que libres, et aux prises de position de ceux qui, s’inspirant du concept d’égalité, s’élevaient contre l’esclavage que fut proclamée l’abolition de l’esclavage le 1er août 1834 dans toutes les régions du monde contrôlées par les Britanniques, y compris au Canada. Dans les autres pays, en Jamaïque notamment, l’esclavage sera aboli par étapes progressives.

Les Africains asservis s’étaient battus pour ne pas être enlevés et retenus captifs en Afrique, pour ne pas être réduits à l’esclavage sur les navires négriers. Ils avaient lutté pour ne pas être parqués avant d’être vendus. C’est à la suite de ces actes de résistance que les propriétaires d’esclaves durent réexaminer le système de l’esclavage, revoir leur position quant à l’indépendance des Africains et tenter de comprendre les raisons pour lesquelles ces hommes et ces femmes n’acceptaient pas leur état. La résistance des Africains remit en question la perception que les autres en avaient; après tout, ils étaient intelligents, en possession de tous leurs moyens et le statut d’esclave ne leur convenait pas. 

D’anciens propriétaires d’esclaves et tous ceux aux profondes convictions religieuses se mirent à s’élever contre l’esclavage des Africains. Appelés abolitionnistes, ils s’efforcèrent d’user de leur influence dans la société pour modifier les lois qui avaient permis que se développe l’esclavage. Le mouvement visant à abolir l’esclavage était marqué en Grande-Bretagne et au Canada, colonie britannique où il y avait des esclaves. Le mouvement prit rapidement de l’ampleur.

Emboîtant le pas aux abolitionnistes connus comme William Wilberforce, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe fut scandalisé d’apprendre qu’une esclave du nom de Chloe Cooley avait été ligotée de force et traînée sur un navire qui allait traverser la Niagara pour être vendue. Comprenant que la liberté de tous les Africains était compromise, il se mit à faire pression auprès d’autres membres du gouvernement. Certains d’entre eux, propriétaires d’esclaves, ne voyaient pas d’un bon oeil l’affranchissement de leurs 

« biens ». En 1793, John Graves Simcoe réussit finalement à faire adopter une loi qui accommodait tout le monde : les domestiques engagés à long terme (les Canadiens d’origine européenne) seraient affranchis et les Canadiens d’origine africaine seraient graduellement affranchis après avoir atteint l’âge de 25 ans. Cette loi d’accommodement ouvrit la voie à l’abolition de l’esclavage au Canada; ce fut la première loi du genre. Elle allait déboucher sur l’abolition dela traite transatlantique des esclaves en 1807.

 

Mois de l’histoire des Noirs

Le Mois de l’histoire des Noirs est l’occasion d’évoquer et de découvrir les expériences, les contributions et les réalisations des Canadiens et des Canadiennes d’origine africaine. C’est à l’initiative de l’Ontario Black History Society créée en 1978 que fut lancé au Canada le Mois des Noirs.

Bien avant que ne fût reconnu officiellement le Mois de l’histoire des Noirs au Canada, il y eut un mouvement qui visait à reconnaître les Nord-Américains d’origine africaine. En 1926, l’historien afro-américain Carter G. Woodson eut l’idée d’instituer une semaine de l’Histoire des Noirs (qui finit par devenir le Mois de l’histoire des Noirs), qui coïnciderait avec le mois de naissance du président Abraham Lincoln et de Frederick Douglass, abolitionniste et ancien esclave. Ce fut les porteurs des voitures-lits qui répandirent l’idée au Canada.

Stanley G. Grizzle organisa la première célébration du Mois de l’histoire des Noirs qui se déroula en février, à l’Église méthodiste épiscopalienne afro-canadienne de Toronto, sise rue Shaw, en 1950. À l’époque, personne n’aurait pu prédire que cet événement enflammerait l’imagination de tout un peuple. Les efforts de la Canadian Negro Women’s Association permirent de l’alimenter au fil des ans. 

En fin de compte, l’acharnement des fondateurs de l’Ontario Black History Society, Daniel G. Hill et Wilson O. Brooks, portera ses fruits puisqu’une pétition sera présentée à la Ville de Toronto, demandant qu’elle déclare officiellement que le mois de février serait désormais le Mois de l’histoire des Noirs. La toute première proclamation canadienne eut lieu en 1979, à Toronto. En 1993, elle présente une pétition à la Ville de Toronto pour que février soit officiellement reconnu comme le Mois de l’histoire des Noirs en Ontario. Cette demande sera couronnée de succès, ce qui encouragera Rosemary Sadlier, présidente de l’association, à glisser à Jean Augustine, députée et secrétaire parlementaire, l’idée de reconnaître officiellement, partout au Canada, le mois de février comme le Mois de l’histoire des Noirs. La motion fut adoptée à l’unanimité à la Chambre des Communes le 5 décembre 1995 et entra en vigueur en février 1996.

Photo : Mathieu Da Costa