Traditionnellement, avant l’entrée sur scène des personnages d’une pièce de théâtre, le régisseur frappait trois coups sur le plancher de l’estrade pour attirer l’attention du public. Ces trois coups résonnent encore et plus que jamais dans les écoles de langue française. L’amour entre le théâtre et les écoles est une belle histoire.

Le théâtre en milieu scolaire a une quarantaine d’années. Il est associé à l’épanouissement des écoles francophones, comme viscéralement jumelés. La majorité des écoles ont leur troupe et parfois, cela déclenche des vocations. Bien sûr, tous les acteurs en herbe ne deviennent pas des artistes professionnels.

Cependant, nombreux sont les artistes qui ont commencé par là. Faire du théâtre à l’école peut ouvrir des perspectives de carrière dans le domaine artistique ou même technique. Acteur bien sûr, éclairagiste, maquilleur, scénographe, etc. sont des métiers de niche, certes, mais des métiers passionnants.

Il faut le reconnaître, si les enfants font du théâtre, ce n’est pas uniquement pour y faire carrière. Le théâtre mène à tout. « Le théâtre, c’est la vie », disait Louis Jouvet, célèbre comédien français. À tout le moins, le théâtre c’est l’apprentissage de la vie.

Les enfants mettent à l’épreuve leurs émotions et leurs sentiments. Ils apprennent à dépasser la peur de l’autre et prennent du plaisir à partager, à créer. Entrer sur scène, c’est se mettre en danger. C’est oser. D’ailleurs, en 2013, le festival Théâtre Action en milieu scolaire a pour thématique « Oser s’affirmer ».

Cela promet d’intéresser les enfants et les adolescents particulièrement sensibilisés à la question de l’intimidation. Rien de tel pour affirmer son identité que de monter sur scène, écrire, répéter et finalement, faire confiance à l’équipe.

Pour Marie-Ève Chassé, directrice de Théâtre Action, l’évènement « c’est surtout de semer la graine du théâtre chez les jeunes et de leur donner l’amour de la langue ». Le théâtre, c’est oser son identité en français. Encore un hommage à Molière. La scène, c’est un outil de réappropriation de la langue. Autant pour celui qui donne le spectacle que pour celui qui le reçoit.

Gisèle Hinch, responsable de la troupe scolaire Esprit Essor de l’école l’Essor à Windsor en est persuadée. La troupe qu’elle dirige est particulièrement créative : ils ont remporté deux fois de suite le prix Hélène-Gravel qui récompense l’écriture d’œuvres originales.

Cette année, ce sont les 25 élèves de la troupe qui se sont lancés dans l’écriture d’une pièce de théâtre. Ils n’en sont pas à leur première tentative puisque la pièce Le Bourreau a été mise en lecture par des professionnels au festival Les Feuilles Vives Paysages de la dramaturgie franco-ontarienne au cours de l’année 2012. Ces élèves âgés entre 14 et 18 ans sont particulièrement méritants : le français pour beaucoup d’entre eux n’est une réalité qu’à l’école.

Le théâtre est un moyen de « rendre la langue vivante » explique Gisèle Hinch. Envahis par la culture américaine, ces jeunes ne tombent pourtant pas dans la facilité. Parce qu’ils parlent rarement le français à l’extérieur de l’école, la langue est davantage une traduction de l’anglais.

Par-là même, ils créent un langage propre à leurs contingences linguistiques. Ils ne se reconnaissent pas nécessairement dans un français parlé dans le nord de l’Ontario qui a son propre vocabulaire et son propre contexte. Ils écrivent alors leurs pièces dans leur propre langue et avec leur problématique singulière. Et ça fonctionne.

Le théâtre décidément mène à tout, de l’amour de la langue jusqu’à sa réappropriation.

Photo : Gisèle Hinch (extrême gauche) et Paulette Schiller (extrême droite), avec les comédiens de la pièce Le Bourreau à l’école l’Essor de Windsor.