En 2011, 84 % des francophones du Canada ont assisté à un spectacle par rapport à 74 % des anglophones. Ils sont prêts à se déplacer sur de longues distances pour assister à un spectacle et affirment que cela leur manquerait s’ils ne pouvaient pas voir de représentations.

Pour quelles raisons les francophones sont-ils à ce point attirés par les spectacles et notamment le théâtre? Parler français prédisposerait-il à connaître le langage des arts?
La récente étude commandée par Strategic Moves et CAPACOA (Association canadienne des organismes artistiques) montre que les francophones ont un rapport particulier à la culture.

Les francophones assistent beaucoup plus aux spectacles que la majorité anglophone et ont des pratiques culturelles très spécifiques. À cela quelques explications. En milieu minoritaire, les centres culturels, les associations et les troupes de spectacle doivent redoubler d’ingéniosité pour se faire connaître et développer des stratégies pour fidéliser le public.

Le Centre français Hamilton a initié quelques bonnes idées. C’est Dominique Lemieux, coordinatrice du Centre, explique : « Lorsqu’il y a un spectacle qui nous intéresse et qu’il est un peu loin, comme à Toronto, London, etc., on fait du covoiturage. Dans le sud de l’Ontario, on a peu d’occasion de voir des spectacles dans notre langue, alors on se déplace en groupe. »

À Toronto, la troupe de théâtre communautaire Les Indisciplinés s’appuie sur un concept particulier : associer les francophones volontaires à la mise en place d’une pièce. Cela va de l’écriture des pièces, à la mise en scène, aux décors et la billetterie. Chacun peut y vivre une expérience théâtrale, développer sa créativité et sa sociabilité. Autour de la troupe s’élabore tout un réseau de soutien communautaire comme si l’art était un prétexte au vivre ensemble.

Le théâtre est particulièrement apprécié des francophones. Dominique Lemieux a son explication : « Beaucoup de francophones n’ont pas beaucoup l’occasion de parler le français ni même de l’entendre. Moi, par exemple, j’ai quitté ma région et ici, à Hamilton, ça me manque de ne pas pouvoir m’exprimer dans ma langue comme j’avais l’habitude. Alors même si les spectacles sont loin, je me déplace. Si on part avec d’autres, ça donne l’occasion de s’exprimer et de partager des moments dans notre langue. »

Pour les francophones, éparpillés géographiquement et ethniquement, l’art et notamment les spectacles en direct représentent des pôles rassembleurs. L’art relie ce que la géographie, la démographie voire l’histoire ont séparé.

Autre trait de la pratique culturelle au sein de la communauté : la notion de partenariat entre organismes. Les écoles sont des diffuseurs de spectacles et s’associent volontiers avec des organismes comme Réseau Ontario pour promouvoir et accueillir des spectacles. Les centres scolaires communautaires disposent de salles multi-usages qui peuvent servir d’écrins à des spectacles en journée pour les élèves mais également le soir, pour les adultes.

Si les écoles ont un rôle certain en matière d’art, les diffuseurs et les organismes culturels déploient beaucoup d’énergie envers la jeunesse. Le théâtre en milieu scolaire en Ontario est un véritable phénomène autant politique que culturel qui a débuté il y a une trentaine d’années avec notamment le mouvement Théâtre Action.

La présence de manifestations culturelles permet de relier les membres d’une même communauté mais également de se rendre visible au-delà de celle-ci. Se rendre au spectacle dans sa langue est une affirmation identitaire.

En termes d’activité économique, l’art est une véritable aubaine. Les diffuseurs et réseaux francophones occupent un segment dans le paysage culturel bien supérieur au poids démographique de la population francophone. De même, le Conseil des arts de l’Ontario développe un programme de subventions propre aux artistes franco-ontariens.

Malgré les tensions économiques de ces dernières années, les francophones continuent de se rendre aux spectacles et cette tendance ne faiblit pas, au contraire. Manifestement, les liens entre francophonie et culture sont solides. Elles s’apportent mutuellement créativité et dynamisme.

Photo : Dominique Lemieux, Centre français Hamilton.