Alexia Grousson
La Journée de la robe rouge, soulignée chaque année le 5 mai, est consacrée à la mémoire des femmes, des filles et des personnes autochtones disparues ou assassinées au Canada. Cette journée de sensibilisation vise à exposer une réalité préoccupante : la surreprésentation des personnes autochtones parmi les victimes de violences graves. En plus de rendre hommage aux victimes, ce jour sensibilise la population et encourage des actions concrètes contre les violences faites aux peuples autochtones.
Son origine remonte au projet artistique REDress, créé en 2010 par l’artiste métisse Jaime Black. Dans cette installation, des robes rouges vides étaient suspendues dans l’espace public afin de symboliser l’absence des femmes disparues et de rendre visible une tragédie trop souvent ignorée. Ce geste artistique a progressivement donné naissance à un puissant symbole de mobilisation et de mémoire collective.
L’installation de Jaime Black s’inspire de plusieurs sources personnelles, artistiques et culturelles. L’artiste dit avoir été marquée par les témoignages de l’écrivaine métisse Jo-Ann Episkenew sur les femmes autochtones disparues et assassinées, ainsi que par la présence de femmes à Bogotá, en Colombie, qui portaient des vêtements rouges pour attirer l’attention sur les familles touchées par des disparitions. Son expérience à proximité de la communauté d’Helen Betty Osborne, une jeune Autochtone assassinée, a également influencé sa démarche.
Les données entourant cette crise demeurent sujettes à des écarts importants. Un rapport de la Gendarmerie royale du Canada publié en 2014 faisait état de 1181 cas de femmes et de filles autochtones disparues ou assassinées entre 1980 et 2012. Toutefois, des organisations et communautés autochtones estiment que le nombre réel dépasserait les 4000 victimes, invoquant notamment des problèmes de sous-déclaration et des lacunes dans la collecte de données. Bien que les femmes autochtones représentent environ 24 % des victimes féminines d’homicide au pays, elles constituent moins de 5 % de la population canadienne.
Face à cette situation, le gouvernement fédéral a annoncé en 2015 un financement de plus de 53 millions $ afin de mettre sur pied une commission nationale d’enquête. Celle-ci avait pour mandat d’examiner les causes de cette violence systémique et de formuler des recommandations. Après deux ans de travaux, incluant des milliers de témoignages recueillis lors de 24 audiences, le rapport final a été publié en 2019. Il qualifie la situation de « tragédie nationale d’une ampleur cataclysmique » et propose 231 appels à la justice visant à répondre à cette crise et à en prévenir la répétition.
La Journée de la robe rouge est l’occasion pour de nombreuses communautés d’organiser des gestes symboliques tels que le port d’un accessoire rouge, l’exposition de robes suspendues dans les espaces publics, ainsi que des marches et des veillées commémoratives.
Par exemple, Diane Montreuil, artiste peintre métisse algonquine, a collaboré avec une école à Toronto afin de réaliser une œuvre sur toile de bois, tandis que d’autres participants ont créé leur propre peinture.
« Mon œuvre représente l’histoire de nos communautés autochtones, qui n’ont jamais oublié celles et ceux qui ont disparu, indique Mme Montreuil. Dans cette peinture, j’ai réuni nos grands-mères, une aînée ainsi qu’une personne bispirituelle, représentant l’ensemble des êtres pour lesquels nous prions. Dans plusieurs traditions autochtones, la couleur rouge possède une profonde signification spirituelle : nous croyons que le rouge est la seule couleur que les esprits peuvent voir. »
La robe rouge est devenue un puissant symbole de mémoire, de résilience et de justice pour les personnes des communautés autochtones disparues et assassinées. Bien qu’elle ne soit pas reconnue comme un jour férié officiel, cette journée gagne en visibilité partout au pays et contribue à maintenir vivante la mémoire des victimes, tout en appelant à des changements durables.
Photo : Diane Montreuil et Lorelei, une élève de la tribu Micmac, en train de peindre la toile en mémoire des femmes disparues. (Crédit : Diane Montreuil)







