À London, le Réseau-femmes du Sud-Ouest de l’Ontario (Réseau-femmes) a tenu un atelier destiné aux hommes immigrants francophones. Intitulé : Entre deux mondes : mes racines, ma force, être homme et immigrant, il visait à explorer l’influence des pressions culturelles sur l’identité masculine en contexte d’immigration et à encourager les participants à préserver leurs valeurs tout en s’adaptant à leur nouvelle réalité.
Animé par le psychothérapeute Kerry Menelas, l’atelier offrait un espace d’échange où les participants pouvaient réfléchir à leur parcours migratoire et aux défis qu’ils rencontrent depuis leur arrivée au Canada.
Le psychothérapeute a posé des questions sur leur culture et sur leur adaptation au système canadien. « L’objectif était qu’ils apprennent à se reconnaître, à ne pas s’oublier ni s’effacer, mais plutôt à s’adapter en conservant les valeurs de leur pays d’origine tout en tenant compte de celles de leur nouveau pays. Il s’agit d’apprendre de cette nouvelle société sans renoncer à son identité », explique-t-il.
Au fil des discussions, M. Menelas a constaté un besoin important d’offrir aux hommes un lieu où ils peuvent s’exprimer librement. « Beaucoup d’hommes se sentent oubliés ici. Au Canada, on parle beaucoup des femmes, grâce à des organismes, tel Réseau-femmes, mais il existe peu d’espaces où les hommes peuvent parler de leurs difficultés. Pour plusieurs, comprendre cette réalité est difficile. Je voulais leur offrir un endroit où ils puissent être vulnérables, raconter leur histoire et se sentir écoutés », poursuit-il.
L’atelier interactif invitait les participants à partager leur expérience de l’immigration, les défis rencontrés à leur arrivée et les éléments qui les ont le plus surpris en découvrant la société canadienne. Les échanges ont également porté sur les réactions des familles restées au pays, le rôle de parent dans un nouveau contexte culturel et les transformations qui peuvent survenir au sein de la cellule familiale.
L’un des thèmes ayant suscité le plus de discussions concernait l’inversion des rôles entre parents et enfants. Les participants ont expliqué que les jeunes apprennent souvent l’anglais beaucoup plus rapidement que leurs parents. Cette situation les amène parfois à servir d’interprètes lors de rendez-vous, ce qui peut fragiliser l’autorité parentale et bouleverser les repères familiaux. Des stratégies ont été proposées pour composer avec ces défis : comment développer un réseau social, trouver du soutien auprès d’autres personnes immigrantes et éviter l’isolement.
Afin de favoriser un climat de confiance, l’animateur avait établi quelques règles simples : chacun était invité à parler en utilisant le pronom « je », à s’exprimer avec respect et à préserver la confidentialité des témoignages en évitant de nommer d’autres personnes. Cette approche a généré des échanges ouverts et authentiques.
Parmi les expériences partagées, le récit d’un père a particulièrement marqué le groupe. En conflit avec son adolescente, il avait voulu la discipliner comme il l’aurait fait dans son pays d’origine après qu’elle soit rentrée plus tard que prévu. La jeune fille a communiqué avec les autorités, ce qui a entraîné une intervention policière. Le père a alors découvert que les méthodes de discipline qu’il considérait normales n’étaient pas acceptées au Canada et qu’il risquait de perdre la garde de sa fille. Son témoignage a permis d’ouvrir une discussion sur les différences culturelles, les droits des enfants et l’importance de comprendre les lois canadiennes afin d’éviter de telles situations.
Pour Kerry Menelas, la plus grande réussite de l’atelier réside dans la confiance qui s’est installée entre les participants. « Ce qui m’a marqué, c’est leur capacité à être vulnérables et à partager leur vécu. Ce n’est jamais facile de parler de choses aussi personnelles. Le fait qu’ils aient voulu raconter leur histoire avec autant de sincérité témoigne du respect qui s’est créé au sein du groupe », souligne-t-il.
Les discussions se sont poursuivies bien après la fin officielle de l’activité. Plusieurs participants sont restés pour échanger en privé avec l’animateur sur des sujets qu’ils n’osaient pas aborder devant le groupe, tandis que d’autres ont poursuivi leurs conversations entre eux. Certains auraient même souhaité que l’atelier se prolonge davantage.
Au-delà des apprentissages, la rencontre a permis de briser l’isolement vécu par plusieurs hommes immigrants. Un bon nombre ont évoqué la difficulté de recommencer leur vie à zéro, de devoir renoncer à leur profession ou à leur statut social acquis dans leur pays d’origine.
En partageant ces expériences, ils ont découvert qu’ils n’étaient pas seuls à vivre ces épreuves. L’atelier a ainsi favorisé un sentiment d’appartenance, tout en créant de nouveaux liens entre des hommes appelés à poursuivre leurs échanges et à s’entraider dans leur parcours d’intégration.
Photo (Crédit : Réseau-femmes) : Quelques-uns des participant à l’atelier Entre deux mondes : mes racines, ma force, être homme et immigrant,




